Protagoras disait, ou du moins Platon lui fait-il dire à plusieurs reprises que « l’homme est la mesure de toutes choses ». Nous essayerons ici de donner la réplique aux siens contemporains.

Nous reproduirons une geste platonicienne. La reproduction n’entendra certes pas être à l’égale valeur de l’originale. Elle n’entendra pas non plus, et encore moins, lui être identique.

Le Socrate de Platon s’attache à plusieurs reprises à réfuter Protagoras, ce qui doit s’entendre à prouver que l’homme n’est pas la mesure de toutes choses. Dans Les Lois en revanche, l’étranger d’Athènes finit par dire que « Dieu est la mesure de toutes choses ». Cette dernière formule est pleine d’équivoques. Si nous nous attachions à amener à la philosophie ceux de nos lecteurs qui passeraient par-ici, nous aurions pu choisir cette phrase comme exergue. Car ses équivoques sont sujet à polémiques, et les polémiques, autant d’occasions d’apprendre à bien poser les questions. Or nous pensons que la philosophie est l’art de poser les bonnes questions, plutôt que d’apporter de bonnes réponses. Et il est bien vrai que sous son apparence de bonne réponse, cette phrase de l’étranger d’Athènes est une invitation à se poser les bonnes questions. Mais nous n’entendons parler ici qu’à ceux de nos lecteurs qui se trouvent déjà en climat philosophique, sans pourtant s’y retrouver tout à fait. Nous désirons avant tout conforter la philosophie chez ceux-ci qui croient déjà deviner que « Dieu est la mesure de toutes choses ». Et pour ce faire, nous nous attacherons essentiellement à montrer inlassablement, en autant de façon qu’il nous semblera nécessaire, comme Socrate à Théétète dans le dialogue éponyme de Platon, que « l’homme n’est pas la mesure de toutes les choses ».

Il sera donc surtout question de philosophie politique, de penser « les choses humaines ». Nous ne traiterons donc pas directement de l’actualité politique. Et il nous faudra sans doute bien souvent déborder ce strict domaine politique, pour empiéter en particulier sur celui de ce qui prend désormais le nom commun de « métaphysique ». Or il se pourrait bien que cette manière de faire, et son propos se révèlent plus profondément politique que bien des discours politiques actuels ou passés.

S’il le fallait vraiment, nous pourrions aller jusqu’à proposer les lignes d’un programme politique. Nous parlerions alors à la première personne, et nous dirions en substance :

« Je ne connais qu’un programme politique qui vaille la peine d’être visé, ou pour ainsi dire, vécu de tout son être, celui qui prône la vérité, l’amour et la vie. »

Ce programme est philosophique en son cœur, car il n’est pas imaginable d’en vivre quoique ce soit sans tenter de le comprendre. Et il est aussi politique, car si en définitive, son but se révélait être d’accomplir la destinée humaine, il se devrait alors nécessairement de prendre en compte l’aspect politique de celle-ci. Mais il lui sera toujours impossible d’en rester là.

Que ces quelques mots suffisent ! Pour l’instant.