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Les opinions des philosophes

L'homme n'est pas la mesure de toutes choses

Libération : un collectif de collabos

C’est ici. Petit florilège. Je vous préviens, le texte parcouru est particulièrement pervers.

[Add : Vous pouvez ensuite vous consoler en écoutant cela.]

« Plusieurs personnes de la société civile engagées dans des quartiers populaires appellent à rejeter le «repli sur soi» incarné par Marine Le Pen et à voter pour Emmanuel Macron le 7 mai prochain. »

Reportez-vous à la fin de l’article, et vous verrez qu’il ne s’agit pas tout à fait de Gérard M. boucher-charcutier, ni de Karim B.chauffeur de taxi, pas plus qu’on a demandé son avis à Sonia K. employée de garderie. L’article cite comme « personnes de la société civile » : Pour le collectif : Réda Didi, entrepreneur social et ex-conseiller ministériel ; Vincent Zappia, conseiller politique et diplomatique ; Lova Rajaorinelina, conseiller politique au Kremlin-Bicêtre (94) ; Aicha Boutaleb, présidente de l’association des Femmes en fil. Enorme, comme dirait l’autre !]

Les résultats du premier tour des élections présidentielles nous apprennent que les Français ne se résignent pas, ils aspirent au renouvellement des pratiques, des idées et des personnalités.

C’est sans doute pourquoi nous devrions tous aller voter comme d’un seul homme pour le même candidat qui est soutenu par toute l’intelligentsia médiatico-politique, de Robert Hue à Alain Minc, en passant par Christophe Barbier et François Hollande. La liste est longue : Jacques Attali, tout le parti socialiste, tous les socio-traîtres de la droite et du centre, Bayrou, Juppé, toutes les vieilles badernes, toutes ! Il y a même tonton Fillon. Votez le renouveau, votez comme les vieilles billes de 70 balais vous disent de voter ! 

Forts de notre premier appel, nous nous sommes fait l’écho de ce sentiment de solitude des habitants des quartiers populaires qui se considèrent en marge de la société «normale».

Pourtant, la participation au sein de ces quartiers a été aussi forte qu’ailleurs.

Certes, l’expression a été diverse mais un élan particulier pour Emmanuel Macron a pu être observé et il est arrivé en tête dans nombre de ces territoires pour recréer l’espoir là où parfois il n’y en avait plus.

Mais de quels quartiers parle-t-on ? Des quartiers qu’ont fuit les français de souche, les juifs, les français d’origine étrangère qui ont pu se faire assez d’argent pour s’en barrer définitivement avec promesse de non retour ? Un élan pour Emmanuel Macron, dites-vous ? Ah oui, comme si Jean Luc Mélanchon n’avait pas fait son meilleur score en Seine Saint Denis ! 

Malheureusement, les cris «Marine Présidente !» sur le terre-plein de Whirlpool à Amiens nous démontrent qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire.

Ah oui, le peuple vote mal. Enfin, disons « il y a la mauvaise partie du peuple ». Pas celle qui vient des « quartiers populaires », ça c’est la bonne. Non, les autres, ceux d’Amiens, entre autres. Enfin, vous voyez ce que je veux dire. Celle-ci, la mauvaise, vote aussi, mais là, c’est malheureux : il vaudrait mieux qu’ils ne votent pas, ou qu’ils votent Macron bien sûr. Et là je confirme, il y a beaucoup de chemin à faire. Si seulement il y avait plus d’immigrés et moins d’ouvriers de Whirpool ! C’est sans doute à cela qu’il faut travailler, parce que, bon, convaincre un ouvrier de Whirpool de voter Macron sera assez difficile, bien qu’ils se laissent acheter par des croissants. 

Libéralisme ou souverainisme populiste

Oui, vous avez bien lu, c’est dans « Libé ». Il faut voter pour le libéralisme, et contre le souverainisme populiste. 

[…] Car dimanche 7 mai 2017, ce ne sera d’ailleurs pas seulement deux visions de la société française, de l’avenir de la France dans l’Europe et dans le monde qui vont s’affronter. Il s’agira de déterminer si nous faisons le choix du passé incarné par Marine Le Pen ou le choix de l’avenir en la personne d’Emmanuel Macron.

Là je dis bravo ! Merveilleuse rhétorique. Car on ne peut en réalité faire le choix du passé, puisqu’il est passé. et qu’il serait tout à fait absurde de faire le choix du passé pour l’avenir. Il ne reste plus qu’à faire le choix de l’avenir pour le futur. CQFD. Mais vous avez bien lu : on ne peut pas (raisonnablement) faire le choix du passé : donc les électeurs de Marine Le Pen sont de parfaits imbéciles. Voire : on ne peut pas, tout court. On est en marche, les gars ! Mes amis qui aimez la philosophie, n’oublions jamais cela : le progressisme vit de l’ignorance de la liberté humaine.

Le patriotisme qui est un message d’espoir et d’ouverture au monde ou le nationalisme qui est un message de repli sur soi et rejet de l’autre. Libéralisme ou souverainisme populiste.

Encore bravo ! Merveilleuse rhétorique, là encore. 1) L’espoir contre le défaitisme. Mais où est le désespoir dont on nous parle ? Nulle part en vérité car les partisans de Marine Le Pen sont tout à fait volontaristes, à l’évidence. Il ne reste donc qu’à conclure que ce dont on l’accuse elle et ses électeurs est de ne pas se satisfaire du présent. Et moi qui croyais que cela était la condition du progressisme ! Ô surprise, je découvre que le progressisme qu’on nous vend est un asservissement au présent, qu’il faut tout de même apprécier. 2) Ou alors, je n’ai rien compris : le message de Marine Le Pen, c’est « le repli sur soi et le rejet de l’autre », le contraire de celui de Macron. Mais alors dites-moi, où sont-ils allés pécher cela ? Mais la réponse est simple : selon eux, telle est la définition du souverainisme lui-même assimilé au nationalisme. CQFD. Etre une nation libre, c’est à dire, un peuple libre, c’est se replier sur soi. Eh bien, non. Etre une nation libre c’est précisément se déplier en communauté politique. Ce dont « Libération » rêve est de dissoudre le peuple, de dissoudre la France, de dissoudre la vie politique, de dissoudre la liberté, la souveraineté. Ils rêvent de dissoudre le politique en France. Voilà exactement ce que signifie le « libéralisme » et « l’ouverture au monde » que défend ce collectif.

Construire un monde nouveau ou avoir une gouvernance réactionnaire.

Construire. Un monde nouveau. Vous avez bien lu. Le programme politique en question est tout simplement apolitique. 

Quant à faire de Marine Le Pen une réactionnaire, c’est avouer ne rien comprendre à la situation. C’est sans doute l’insulter, et insulter les réactionnaires comme moi. De même parler de « gouvernance » est mal à propos ; ce que veut Marine Le Pen est un Etat au sens contemporain du terme, avec un gouvernement bien circonscrit. La « gouvernance » avec son flou, son caractère collectiviste, son caractère indéfini, omniprésent bien que se situant nulle part, c’est au contraire le projet d’Emmanuel Macron, ou plutôt de ceux qui veulent élargir le politique aux dimensions du monde. Le totalitarisme à l’échelle du monde, c’est « Libération », pas Le Pen. Au pire des cas, nous aurions avec elle un gouvernement autoritaire limité à nos frontières. 

[…] Se battre pour l’Europe ou tourner le dos à l’Union Européenne.

Ah merveille rhétorique quand tu nous tiens !Vous lisez bien. Tourner le dos à l’Union Européenne, c’est se battre contre l’Europe. Se battre pour l’Europe c’est avancer vers l’Union Européenne. Viens te battre avec nous pour l’Europe Allemande ! Viens avec Emmanuel Macron te battre contre les ennemis intérieurs de l’Europe Allemande ! Collabore, le danger communiste nous guette ! 

Jouer un rôle équilibré sur la scène internationale ou donner un blanc-seing à Vladimir Poutine et Bachar El Assad.

Comment jouer un rôle équilibré sur la scène internationale en étant membre de l’OTAN, et en désirant toujours forcer les Etats du monde entier à se soumettre à nos propres « désirs d’avenir », à notre démocratie, à nos idéologies ? Est-ce jouer un rôle équilibré sur la scène internationale que de vendre des armes à l’Arabie Saoudite ou de laisser le Qatar s’infiltrer chez nous par ses capitaux ? Est-ce jouer un rôle équilibré sur la scène internationale que de traiter Trump de fou et Poutine de dictateur ? Est-ce même encore un jouer un rôle sur la scène internationale que de disparaître dans une unité politique comme l’est l’UE ? Etc…

La France est une idée

Voilà donc « Libération » qui cite Hollande. Faut-il démentir ? Cela ne se voit pas que la France n’est pas une « idée », ni un « projet d’avenir », qu’elle est une réalité, une communauté politique tendant vers son bien ? Mais une telle thèse n’est pas anodine : elle est juste ce qu’il faut pour justifier l’ignorance théorique et le projet pratique de disparition de la France. 

La France doit rester fidèle à son histoire, à ses valeurs, à sa devise républicaine de liberté, égalité, fraternité et à sa tradition de pays des Droits de l’Homme. Une démocratie, parfois imparfaite, mais garante de la sécurité de ses citoyens et des droits des minorités.

La France n’est donc pas une pure « idée », mais elle est un « quelque chose »qui a traversé le temps, puisqu’elle a une histoire. Evidemment, notre « collectif » s’empresse de ramener cette histoire complexe à un seul dénominateur : la France n’est rien de plus que « le pays des droits de l’homme ».  Voilà pour l’histoire et l’ « idée » de la France.  Elle n’a donc qu’un destin qui puisse lui être assignable : devenir ce qu’elle est c’est à dire, le symbole des droits de l’homme. Défense lui est faite, en conséquence, d’être une communauté politique à part entière.

Quiconque réduirait la France dans des frontières, dans un isolationnisme dont elle n’a pas les moyens commettrait une grave erreur.

Sans argument, même rhétorique. C’est une erreur grave, point. La France n’est pas réduite « dans » des frontières, ou ne devrait pas l’être : concluez que la France a les dimensions du monde. Vous l’ignoriez peut-être, mais tout le monde il est français, aussi, en puissance du moins.

C’est pourquoi la France est une idée, celle d’une République humaine, et c’est une histoire en devenir, celle d’un récit commun qui nous unit et permettra enfin de libérer les énergies.

Dans ces conditions-là, évidemment, la France n’est qu’une « idée ». On ne peut mieux signifier qu’elle n’existe pas. Ce n’est pas tant qu’elle a une histoire, mais qu’elle est une histoire, et en devenir. Le « progressisme » a toujours roulé sur un historicisme de fond. Cet historicisme est un vrai nihilisme. D’ailleurs, il n’y a pas de « projet politique » ici : il s’agit tout simplement de « libérer les énergies ». Avouez que cela est à la fois plus humble et bien plus religieux.

La France ne peut pas devenir un refuge identitaire où le nationalisme purifie son pays des menaces que représentent tantôt la mondialisation, tantôt l’Europe, où l’autre dans sa globalité. Elle ne peut pas se résigner à un pouvoir qui profiterait de nos fractures pour en créer d’autres.

La France « ne peut pas ». A ce moment du texte, son auteur impersonnel n’éprouve même plus le besoin de parler en usant du terme « devoir ». De toute façon, « on ne peut pas » faire l’inverse de ce qu’il propose. On ne peut que s’opposer à ce qu’il propose que nous ne pouvons pas ne pas faire. Quant on vous disait que le « progressisme » ignorait la liberté humaine ! 

Aujourd’hui le monde nous regarde, élire Emmanuel Macron, c’est d’abord rappeler que la France n’a jamais abdiqué devant le désespoir.

Le monde ne nous regarde pas, il nous ignore. Le monde, et c’est bien heureux, ne lit pas « Libération ». Il ne le fait pas, ou plus, parce que nous sommes devenus tellement insignifiants à force de « progressisme » que nous en serions presque à prendre « Libération » pour un journal politique. 

 

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2 commentaires sur “Libération : un collectif de collabos

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  1. « donner un blanc-seing à Poutine et Assad ». J’ignorais que la France faisait à ce point la pluie et le beau temps dans les relations internationales.

    Magnifique leçon de phraséologie progressiste qu’on pourrait résumer en une phrase : il faut être pour le bien et contre le mal, parce que le bien c’est bien et le mal c’est mal. Quelle bande de cons.

    Aimé par 1 personne

    • Oui j’ai laissé passer cela, comme bien d’autres choses d’ailleurs…
      C’est que c’est une mine cet article. J’avoue naïvement que les bras m’en sont tombés. Tout est bête dans ce texte. Tout. C’est tout de même fabuleux. Je pensais encore naïvement qu’il y avait une certaine pensée, à gauche, même fausse, et tout et tout, mais une pensée tout de même. Je découvre que mes amis de gauche et intelligents sont plus à plaindre que nous les « de droite », je veux dire bien plus isolés parmi les leurs… Tant pis pour eux.

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