Si les opinions de « la droite » ont bien à voir avec  la pensée de Machiavel ou la philosophie de Hobbes, et « être de gauche »,  revient à partager celle de Rousseau, alors je ne suis ni de droite ni de gauche, mais plutôt « réactionnaire », puisqu’en faveur de la philosophie « classique ».

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Le plus frappant de nos jours, n’est pas la haine ponctuelle de Dieu ni pour les « choses divines », mais bien la haine de l’homme qui a cours et qui s’exprime partout. Alors qu’en théologie chrétienne l’amour de Dieu est l’amour du prochain, alors que le Dieu des chrétiens est la Fin des actions et de la vie humaine, et donc, alors que le christianisme propose une image grandiose de l’homme et de sa destinée à l’homme, tout se passe comme si le monde contemporain vivait d’une sorte d’anti-christianisme, d’un christianisme inversé. Il faut bien mépriser l’homme, pour lui refuser Dieu.

Toutes les idéo-logies contemporaines ont un coeur et c’est celui d’un homme embarqué contre lui-même. Toutes participent de ce que l’on pourrait appeler un « humanisme déshumanisant ». La clef de compréhension de ce phénomène, ou de cette multiplicité de phénomènes convergents est à trouver chez Platon et Aristote, ou chez les médiévaux. C’est parce que l’Occident a fini par penser que l’homme s’appartient (avec tout ce que ce terme revêt de sens multiples) ou qu’il l’a livré à lui-même, que l’homme qui participe de ces façons de penser ne peut plus que se re-tourner contre lui-même.

L’homme est bien « au centre », mais désormais, il faut comprendre la centralité comme on la comprenait au Moyen-Age, c’est à dire dans tous ces traités de philosophie ou de théologie qui mettaient la Terre « au centre », en y voyant là la pire des places, un véritable cul de basse fosse.

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Légiférer signifie désormais enregistrer un droit subjectif et le normaliser. Les lois sont une culture, dans la culture ou le régime « légaliste ». Il nous faut défendre une culture sublégislative, tirant sa légitimité d’elle-même d’abord, et de la loi naturelle en définitive. Soit, promouvoir des possibilités concrètes plutôt que des « droits », et une loi de conseil plutôt que de régulation et d’ordonances. Une loi de conseil, c’est à dire, une loi qui n’interdit que le minimum nécessaire parce qu’elle sait que son but premier est de montrer ce qui doit être fait plutôt que ce qui ne doit pas être fait, et qui ne défend que parce qu’elle sait qu’elle ne peut pas convaincre tout à fait ni tout les membres de la communauté politique.

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Quelle détestable tendance que celle qui consiste à faire sienne n’importe quelle opinion, du moment qu’elle se présente, ou qu’on se l’est représentée comme un « juste milieu » entre des opinions opposées, et le plus souvent qualifiées d' »extrêmes ». La paresse intellectuelle au service de la bêtise. Paresse, parce qu’il n’y a qu’à connaître de telles opinions pour pouvoir les discuter et se payer le luxe de les critiquer, sans jamais avoir besoin de les comprendre, ni surtout de comprendre les choses que ces opinions expriment, purement et simplement. Bêtise, mais bêtise revêtue d’une aura de sagesse : celui qui exprime de telles opinions moyennes peut se croire lui-même bien au dessus de la moyenne, puisque lui ne tombe pas dans les supposés pièges équivalents des « extrêmes » opposés. Evidemment, à suivre une telle route, on s’avance vers un néant de pensée : le « juste milieu » d’aujourd’hui s’il venait à s’imposer, serait un des « extrêmes » de demain.

Au fond d’une telle attitude est ce désir de ne pouvoir être contesté sérieusement. C’est-à-dire, ce désir d’être accepté par l’ensemble de ses interlocuteurs, et de ne pas pouvoir être pris en défaut de se tromper. Et dans le meilleur cas, c’est un désir de certitude, de trouver une idée certaine plutôt que de se contenter d’une opinion vraie.

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Cette « empathie » qu’on nous prône désormais, est la « nouvelle » vertu du collectivisme vers lequel nous nous avançons, (pour ne pas dire que nous y sommes déjà). Pas si nouvelle que cela, cependant, puisque nous avions déjà la « pitié » ou la « compassion » rousseauiste. Et certes, « empathie » n’est qu’un terme pédant pour désigner la compassion. Mais nous sommes ici invités à comprendre l’empathie par distinction d’avec la sympathie. Avoir de l’empathie, c’est, depuis sa subjective subjectivité, ressentir soi-même les souffrances et les plaisirs  de « l’autre », parce qu’on se figure qu’il est « le même » que nous. Alors que la sympathie suppose une relation avec autrui (du point de vue d’un tout) telle qu’elle suit le creuset de la similitude et de la différence entre autrui et moi-même,l’empathie est inférence du même au même. Il va de soi qu’une société totalement empathique serait tout sauf sympathique…

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Ceux qui combattent les moyens nécessaires en vue d’une chose, combattent la chose elle même, quoiqu’ils en pensent ou fassent mine d’en penser. Valet consequentia. Par exemple, l’autorité dans l’éducation, la coercition dans la morale, la lecture des Anciens pour la formation de la pensée personnelle…

 

 

 

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